Elle est à la mode : de jouvence, d’austérité ou de désintoxication, la cure devient une incontournable corvée linguistique. Une cure par-ci, une autre par-là, Demi Moore ne veut pas aller en désintox et ça y est, on frôle l’overdose de "cure". Vous êtes prévenus. Même la Cour des Comptes se gargarise de la "cure". Fitch ! Heu pardon, fichtre!
Pour commencer, évitons les digressions… non, vous aurez beau me supplier, je ne glisserai pas dans cet article – de façon subtile et complètement fortuite – que le groupe de rock The Cure sera au programme des Vieilles Charrues. Non, n’insistez pas. Je ne céderai pas. Je n’ai cure de vos supplications.
En revanche, je peux aisément vous certifier que le mot "cure", qui provient du latin "cura", signifie "soin, surveillance". Utilisé de façon abusive dans les médias, il fait référence au besoin soudain et impérieux – sinon impératif – d’entamer une cure. Souvent d’austérité. Oui, car la cure est salvatrice, elle soigne. Thermale, elle est revivifiante. Elle fait zizir quoi.
La "cure" donc est nécessaire en cas de grave infection, de maladie rampante, de cancer qui gangrène le corps et l’esprit. La cure, c’est le vaccin contre la maladie. Le traitement de cheval. Quitte à nous prendre pour des ânes. La cure, c’est quand on s’est trop goinfré, pendant des années. Désormais, finie la Grèce, heu, la graisse, c’est le retour au régime sec. Adios la vache à lait, welcome les vaches maigres
En même temps, comme c’est étrange : faire une cure de carottes pour se rendre aimable, c’est abuser à loisir d’une seule et même denrée. Faire une cure, c’est manger à l’envi.
Bref, cure d’austérité = vous allez en bouffer, de l’austérité. Léchez-vous les babines, nous allons vous manger tout cru.
Encore plus étrange, quasi mystique, les voies du mot "cure" restent impénétrables, mais pas pour Abominabilis : la cure, oui, vous avez raison, c’est aussi le nom donné à la demeure du curé. Coïncidence? Je ne crois pas. Vous non plus.
Car il arrive un moment où, à force de cure – d’austérité, de haricots verts ou d’huile de foie de morue – tout le monde perd la foi. On est bien loin de la sinécure. Amen.