Lecteurs bien-aimés, j’ai une confidence à vous faire. Non. Ce n’est pas ici et maintenant que vous apprendrez que je ne viens plus aux soirées (lien avec la caricature).
En plus, j’y vais encore.
Je suis une accro, une addicte, que dis je une passionnée des émissions culinaires.De toutes, qu’on s’entende. Mon obsession du moment : Top Chef. Voilà c’est dit, mon coming out ! J’ai un poids de moins sur le cœur et les épaules soulagées. Quand j’en regarde une, je ressemble terriblement à mon ami Georges. Vous savez cet ami qui passe ses samedis soirs devant OM/PSG, une bière dans une main, une part de pizza dans l’autre, à communiquer dans un langage inconnu, un brin agressif, avec son écran. Version Top Chef ça donne : « Vas y mets là ta carotte, mets là ta carotte » !
Il faut tout de même dire que c’est un univers merveilleux. D’abord, il y a un langage à la poésie toute particulière. Les chefs ne diront jamais qu’un plat à l’air bon. Ah non non non, hein. Ils décriront la « structure du dressage » et ici on ne fait pas référence à des lions. Ils ajouteront que le met semble gourmand. A ce moment précis, vous vous imaginez raclettes, rôtis dignes d’un banquet d’ Obélix et autres orgies d’éclairs aux chocolats. Je vous arrête tout de suite. Il s’agit généralement de deux demi carottes, d’un quart d’haricot vert et de quatre grain de riz. Après avoir goûté ledit met, les Toqués s’ils sont satisfaits, affirmeront qu’on y sent bien « toute la générosité » de l’apprenti cuisinier. Le cas échéant, ils penseront « qu’il ne raconte pas d’histoire ». Dans ces cas là, je m’imagine le râble de lapin se transformer en père castor et commencer par « il était une fois… ». Ou pire les Maîtres-queux jetteront l’insulte du siècle : c’est un plat de ménagère.
Et les épreuves ! Mes amis, les épreuves ! Beaucoup des défis consistent à sublimer un produit du quotidien. Au choix, la tomate, l’oignon, la betterave, le céleri et j’en passe. Je me suis moi même prêtée, un de mes jours d’égarement, à l’exercice. J’ai choisi comme victime une belle tomate de supermarché sans race et d’une jolie couleur mi verte mi rouge. Quinze minutes plus tard, j’avais découpé la tomate en tout petits morceaux (ça fait bien plus pro), rajouté un demi-litre de sirop à la vanille et fait cuire le tout à la poêle.
Résultat : un dressage inexistant, une apparence de compote maison et un goût se rapprochant par trop du dessert. Un plat de ménagère, on vous dit.
Pour les autres épreuves, il est question de cuisiner des produits plus effrayants les uns que les autres. Un saumon gigantesque, un lièvre, un pigeon, un poulpe…Et voilà, nos apprentis cuisiniers transformés en Barbe-Bleu d’un jour, armés de couteaux dignes de Xavier du Pont de Ligonès.
La question qui me taraude sur ces défis des plus surprenants est : le résultat est il goûteux ? Parce que le céleri en dessert ou l’oeuf cru…j’ai de sérieux doutes.
Tout cela semble bien technique analysé sous cet angle. Mais je vous rassure amis lecteurs, ce n’est pas un programme dépourvu d’émotions. Ou pour le dire plus crument, il y a du sang, de la sueur, et des larmes. Larmes des candidats accompagnées d’un best of savoureux de musique de films triées sur le volet par la production. Le sang rapport aux couteaux de samouraï. Et la sueur, parce que cuisiner un lapin en une heure, mes cocos, ce n’est pas gagné.
Et puis, les apprentis cuisiniers sont triturés par des questions des plus existentielles. « Oh, j’ai oublié le quart de noisette que je voulais mettre sur le poisson, je suis foutu ». « J’ai choisi une tomate cœur de bœuf mais j’aurais du en prendre une Fuzzy Pêche Rouge, c’est la catastrophe ». (NDLR : fuzzy pêche rouge est une variété existante, j’ai effectué une recherche sur monjardin.com).
Ah, il n’est pas loin le temps où Vattel le cuisinier de Louis XIV se suicidait parce que l’arrivage de la marée n’est jamais arrivé.
Et pourtant, je me vois bien avec une Toque, moi.
28 février 2012 at 12:38
Dis le que tu es amoureuse de Norbert, parce que lui il est capable de "sortir le meilleur de lui-même dans un oignon".