Tout a commencé par une invitation innocente de la grande manitou d’Abominabilis à regarder le match de boxe Hallonde-Sorkazy. Nous voilà donc tous réunis au grand complet autour d’assiettes de cochonnaille, de fromage et de vin. Il s’agissait de se mettre au diapason. On est patriote ou on ne l’est pas. Nous allions entonner la Marseillaise quand notre grand gourou à tous a déclaré : « Les gars, vous devez tous écrire une petite ligne sur cette émission».
C’est ce que j’appellerai un gentil traquenard ! J’ai tout lâché, le petit verre de rouge, ma cigarette, et la tartine de camembert. J’ai chaussé mes lunettes pour me concentrer sur cette sombre histoire de débat. Trônaient gaiement David Pujadas et son célèbre monosourcil, et Laurence Ferrari toute de noire vêtue pour l’occasion. Il fallait tout de même nous faire oublier le blanc de vierge effarouchée du premier tour. Et puis, les deux gus se faisaient face. François, raide comme un piquet, avec ses lunettes fin De Gaulle-début Georges Pompidou. Bon élève, le type. Nicolas, quant à lui bougeait son corps. Et que je te remonte l’épaule gauche, deux fois. Et que je t’agite le bras droit, quatre fois. Et que je te massacre le stylo. Le trublion du fond de classe, en somme.
Tout a débuté dans une ambiance de franche camaraderie. Le jeu était très simple : trouver qui a le plus souffert. Notre Nicolas, tristement international, se plaignait : « Je suis passé par tous les personnages de l’Histoire, Pétain, Franco et pourquoi pas Hitler tant qu’on y est !». Et l’autre de geindre : « Parce que vous croyez que moi, on ne m’a pas critiqué ?! J’ai eu le droit à tous les surnoms ». Ah oui ! Pour toi, François, rien que pour toi, les commentateurs ont donné dans l’alimentaire : Flamby, Cochonou et tutti quanti. Pendant que se jouait ce débat de fond, une question me taraudait. « Mais diantre ! Que s’est il passé dans la vie de ces deux bonhommes pour qu’ils veuillent être Président ? ». Délégué de classe, pourquoi pas ? C’est sympa. Tu rentres dans la cour des grands, tu parles aux professeurs pour de vrais et tu as l’impression de défendre la veuve et l’orphelin en plaidant la cause de tes petits camarades. Maire passe encore. Tu es un peu le propriétaire d’une ville. C’est du sim city à grande échelle. Et ça ce n’est tout de même pas rien. Tu peux faire construire des ronds points, si ça te chante. Tu peux même décider de participer à la grande opération « Ville fleurie ». Mais Président ! Président ! C’est non.
Je ne nie pas les avantages incontestables de la fonction. Il est sur que cela offre un certain nombre de passes droits. Tu manges au frais de la princesse (des contribuables en l’occurrence), tu habites dans une grande maison à Paris, tu serres la paluche de Merckel ( et ça n’est pas donné à tout le monde!) et tu as même l’opportunité de faire édifier des bâtiments qui porteront ton nom. A ce propos, j’attends toujours que le Quai Branly soit rebaptisé : «Quai Chirac ». Pour le reste, je doute que notre futur président connaisse des petits matins qui chantent. C’est à dire qu’en étant le premier fonctionnaire de la République, les problèmes des autres deviennent automatiquement TES problèmes. Evidemment, parmi ceux là, il y aura la crise (la crise, la crise, rien que la crise) mais aussi les fermetures d’usines, les faits divers et avariés, et la hausse du prix du pétrole. Le lecteur notera que cette liste est très loin d’être exhaustive… Finalement, tout cela c’est l’histoire de deux petits garçons. Un n’a pas assez mangé de soupe et l’autre a trop pris de desserts. Et ces deux petits bouts ont du décider un jour, il y a très longtemps, qu’ils rentreraient sérieusement dans la cour des grands…et des maigres.