Il m’a fait sourire au début, ce mot inconnu. N’avait-on jamais lu "allochtone" dans un article? Moi pas. Alors j’ai souri. J’imaginais un mélange entre autochtone et téléphone, un mix entre natifs 2.0 et vieux schnocks. Un allochtone, ce serait un nomophobe assumé, qui ne lâche jamais son portable (nomophobe, celui qui a peur de perdre son téléphone, pas celui qui a peur des lois, ndlr). En bref, je suis partie loin, fort loin. Enfin, jusqu’en Belgique.
L’expression ‘allochtone‘ est la contraction d’allos (autre, différent en grec) et chtonos (la terre). D’ailleurs, vous l’aurez deviné (pour ceux qui ne dormaient pas en cours de grec au lycée, les autres, je n’en parle pas), son strict inverse est… autochtone, celui qui vient d’ici. Yannick Noah aurait pu écrire cet article, j’en suis sûre.
Plusieurs acceptions existent pour ce mot rigolo. En géologie d’abord, allochtone désigne des terres qui ont été déplacées, par l’eau ou le vent. En zoologie en revanche, les espèces allochtones sont des animaux qui n’appartiennent pas au biotope local. Hors-sol en quelque sorte.
Un peu comme les allochtones, devenu substantif chez nos amis belges. Chez eux (en version originale néerlandaise et sans sous-titre, le mot se dit "allochtoon" avec deux "o" comme Tatooine), chez eux donc, l’allochtone, c’est l’autre. L’étranger. L’intrus. L’immigré qui a envahi notre petit pré-carré avec ses gros sabots dégueulasses. Un malotru illettré qui vit au crochet de notre société (en résumé). Chez les Belges, "l’allochtone" est devenu une expression courante. Une insulte, une injure. "Sale allochtone, rentre chez ta mère". Le mot est lâché.
Un journal, De Morgen, a décidé de ne plus utiliser ce mot. Tronqué, biaisé, traîné dans la boue. Plutôt que de mettre les immigrés à la porte, il préfère remettre les mots à leur place. CQFD.