Archives de Catégorie: Le mot fléché

Le mot fléché (20) : allochtone

Il m’a fait sourire au début, ce mot inconnu. N’avait-on jamais lu "allochtone" dans un article? Moi pas. Alors j’ai souri. J’imaginais un mélange entre autochtone et téléphone, un mix entre natifs 2.0 et vieux schnocks. Un allochtone, ce serait un nomophobe assumé, qui ne lâche jamais son portable (nomophobe, celui qui a peur de perdre son téléphone, pas celui qui a peur des lois, ndlr). En bref, je suis partie loin, fort loin. Enfin, jusqu’en Belgique.

L’expression ‘allochtone‘ est la contraction d’allos (autre, différent en grec) et chtonos (la terre). D’ailleurs, vous l’aurez deviné (pour ceux qui ne dormaient pas en cours de grec au lycée, les autres, je n’en parle pas), son strict inverse est… autochtone, celui qui vient d’ici. Yannick Noah aurait pu écrire cet article, j’en suis sûre.

Plusieurs acceptions existent pour ce mot rigolo. En géologie d’abord, allochtone désigne des terres qui ont été déplacées, par l’eau ou le vent. En zoologie en revanche, les espèces allochtones sont des animaux qui n’appartiennent pas au biotope local. Hors-sol en quelque sorte.

Un peu comme les allochtones, devenu substantif chez nos amis belges. Chez eux (en version originale néerlandaise et sans sous-titre, le mot se dit "allochtoon" avec deux "o" comme Tatooine), chez eux donc, l’allochtone, c’est l’autre. L’étranger. L’intrus. L’immigré qui a envahi notre petit pré-carré avec ses gros sabots dégueulasses. Un malotru illettré qui vit au crochet de notre société (en résumé). Chez les Belges, "l’allochtone" est devenu une expression courante. Une insulte, une injure. "Sale allochtone, rentre chez ta mère". Le mot est lâché.

Un journal, De Morgen, a décidé de ne plus utiliser ce mot. Tronqué, biaisé, traîné dans la boue. Plutôt que de mettre les immigrés à la porte, il préfère remettre les mots à leur place. CQFD.


Le mot fléché (19) : con

Il fallait du cran, de l’aplomb pour le faire. Oui, il fallait certainement des couilles, comme dirait (feu) mon grand-père, pour afficher en tête d’un journal le mot « con ».

Coup sur coup, deux Nicolas l’ont fait. Paraît que c’est à ça qu’on les reconnaît, les Nicolas. Bingo, tour à tour, ils ont décroché le gros lot. Le « con » revient à la mode, en tête de gondole, surfant sur la vague. « Casse toi riche con ! », voilà l’objet du délice. Délectons-nous. Le mot a alimenté toutes les chroniques, les unes des JT et  les home des sites web, Libé en perd son latin et ses recettes publicitaires. Gloire au gros mot, qui trouve ici – enfin – ses lettres de noblesse.

Car détrompez-vous, le « con » n’est, au départ, pas une insulte. Enfin, pas forcément. Nombre d’écrivains ont bafouillé des odes au con. Aragon et son con d’Irène. Car oui, le con est féminin. N’en déplaise à son orthographe.

Le con, du latin cunnus, désigne les parties intimes d’une femme, son sexe. Mais déjà à l’époque de Jules Michelet, le con est mal vu, témoignage de la bassesse des femmes, ces gueuses indociles, ces viles créatures. La femme, c’est le sexe faible. Le con en est la preuve. CQFD. Le con se fit donc insulte. Rassurons-nous, un jour, quelqu’un d’avisé (je crois) a déclaré que la femme était l’avenir de l’homme. Alors le con aussi.


Le mot fléché (18) : débattre

On ne peut pas y couper. Les lendemains qui déchantent sont là pour nous le rappeler : hier, devant vos yeux ébahis et vos bouches entrebâillées, vous avez peut-être assisté au-débat-d’entre-deux-tours (tout attaché). Vous ne pouviez pas le rater, il n’y en avait qu’un. Vous étiez plus de 20 millions devant vos écrans à scruter, attentivement, entre deux verres de vin rouge et une bonne tranche de sauciflard, les moindres mimiques et dérapages verbaux de nos deux compétiteurs. Cette petite phrase mythique qui fera mouche, celle que l’on enseignera encore sur les bancs des écoles de com’ dans vingt ans. François Hollande VS Nicolas Sarkozy donc. Dans l’arène politique, c’est l’heure de débattre.

Comme son nom l’indique, débattre vient du mot "battre", doublé d’un petit préfixe "dé", qui souligne l’intensité de cette bataille sémantique. Débattre, c’est se battre sans arme ni poing mais avec ses mots à soi ("calomniateur"/"menteur"), ses petites phrases millimétrées ("Vous aviez peur!"/"Moi, président de la République…"), ses piques acérées ("Ponce pilate" (de loin, ma préférée)).

Débattre donc, c’est discuter avec une personne en exposant des arguments. Des exemples. Des idées. Des choses qui vont faire avancer… le débat. Débattre pour marquer des points, gratter des voix et l’amitié de certains électeurs récalcitrants, grappiller des points dans les sondages, caresser l’espoir d’un nouvel électorat.
En regardant le crâne reluisant de François Hollande et les épaules sautillantes de Nicolas Sarkozy, il vient à l’esprit – instantanément – une autre expression : se débattre. Expression courante qui exprime un certain malaise : "Faire beaucoup d’effort pour résister, pour se dégager". Comme quand Nicolas Sarkozy semble adopter une gestuelle de combat, allez, j’anime mes épaules et j’esquive la pique acide de mon Flamby préféré, je griffonne sur mon petit carnet à spirales pour rester cool, calme, zen ("petit con, petit con, petit con"). Reste le spectateur qui s’est aussi débattu contre le sommeil, lancinant. Cela dit, pour certains, ce débat a volé haut. Très haut. Juste assez pour décrocher la lune.


Le mot fléché (17) : compatible

Je vous vois venir. Avec vos gros sabots et votre petit jeu de mots facile. Je ne céderai pas aux sirènes de l’humour crasse. Non, je ne dirai pas que le mot compatible pourrait s’écrire avec un "n" plutôt qu’un "m". Non, jamais. Je ne change pas de bord orthographique comme ça, moi.

En revanche, je peux vous apprendre aisément que le mot "compatible" vient du latin "compatibilis". Il est la contraction douloureuse entre l’expression "compati" ("souffrir de") et le préfixe "con", qui signifie "avec" (pour les incultes, il y en a toujours qui traînent sur cette page). Les hispanophones auront déjà compris, les autres riront bêtement.

Compatible donc, c’est ce dont on souffre, ce qu’on doit endurer, supporter. Un poids sur la conscience, un mot qui pèse dans les urnes, parfois l’équivalent d’un âne mort. Marine Le Pen est-elle donc compatible avec la République? Libération renchérit : et Sarkozy, est-il compatible avec la République, lui? Puisqu’après tout, c’est toujours celui qui dit, qui est. Descartes aurait certainement approuvé cette maxime.

"Compatible : qui peut exister, s’accorder". Soit, pour être compatible, il faut donc co-exister, mêler deux entités sans que l’une n’absorbe totalement l’autre. Il faut s’entendre donc, oui mais pour s’entendre, il faut s’écouter, pour s’écouter, il faut se parler, pour se parler… il faut pouvoir se voir. Se supporter, s’encourager, se soutenir, se rallier. CQFD. Être compatible, c’est un peu comme se demander si l’on peut se fondre dans la masse. Autant un Flanby fond facilement, pour le reste, Saint Thomas dirait qu’il faut voir. Être compatible, c’est finalement sympathiser. Comme avec l’ennemi ou le Diable, au choix. Un certain Godwin me tape sur l’épaule, cette phrase s’arrête donc à ce point, juste ici, hop. Comme on dirait dans cette émission télé d’intellectuels : next.

On en oublierait presque, qu’être compatible signifie aussi, littéralement : "être facilement modulable, voire connectable avec une interface". La définition de notre cher Larousse en ligne rajoute, un tantinet taquin : "modulable sans interface ni manipulation". Une définition, comme les résultats de cette élection, qui nous laisse… sans voix.


Mot fléché (16) : la course

A vos marques, prêt, feu, votez! Voilà en résumé, ce qui nous attend d’ici mai 2012. La politique est un sport, une course. Certes. Sans cesse, la comparaison nous est servie sur un plateau d’argent. Les politiques, ces fameux sportifs en lice pour la course à la présidentielle. Comme dirait Renaud, 500 connards sur la ligne de départ, enfin, à peu près quoi.

Car oui, ça y est, Nicolas Sarkozy est entré dans la course : petit tee-shirt NYPD qui colle au torse, le vent dans ses cheveux grisonnants, les Ray-Ban astiquées, le Président est prêt à partir. Allez zou. Dehors, comme l’écrirait si bien Télé 2 semaines (dommage qu’il ne paraisse qu’une fois sur deux, mais bon).
Suivons l’analogie point par point. Oui, la présidentielle, pour certains, c’est une course de fond, d’endurance oserions-nous écrire : puisqu’il faut tenir la distance, sans cesse rester sur le front, international et national bien sûr, essuyer les affronts et les coups, éviter les embuches et les peaux de banane, s’essuyer le front et retrousser ses manches. Bref, mouiller la chemise mais en rythme de croisière. Il paraît que c’est bon pour le régime et le moral, le marathon des signatures, des poignées de main, des saucisses de Morteau à 8 heures du matin. Pour d’autres, la course à la présidentielle, c’est un peu Speedy Gonzales au pays de la baguette et du camembert : une ligne droite, un sprint final, une échappée belle à 5 minutes de l’arrivée, bref, l’effort du désespoir. Une sorte de gesticulateur précoce. Et des fois, c’est tellement dur que certains jettent l’éponge.

La présidentielle, c’est aussi une courseà l’échalote. La recherche à tout prix du gros lot. Chacun fait ses emplettes, c’est la meilleur recette pour gagner : hum, j’aurais bien besoin d’un petit électorat catho par-ci, et hop, un petit bout d’électeurs bobo par-là. Un vrai deal de came : donne-moi tes Verts, je te filerais une circonscription. Rends-moi tes centristes, je te laisserai Matignon. La présidentielle, c’est la politique qui fait ses courses avec le porte-monnaie du citoyen. Qu’on se le dise.

Quoi? Que me dites-vous? Une fable? Vous voyez là une parabole? Mais laquelle? Ah, oui, effectivement. Cette histoire d’une tortue, partie à bonne allure mais sans presser le pas, face à un lièvre, confiant et rapide comme l’éclair qui va le foudroyer. De là à dire que, rira bien le dernier/tout vient à point pour qui sait attendre/rien ne sert de courir, etc. En fait, comme dirait l’autre, parfois, "on hasarde de perdre en voulant trop gagner".  Of course!


Mot fléché (15) : la cure

Elle est à la mode : de jouvence, d’austérité ou de désintoxication, la cure devient une incontournable corvée linguistique. Une cure par-ci, une autre par-là, Demi Moore ne veut pas aller en désintox et ça y est, on frôle l’overdose de "cure". Vous êtes prévenus. Même la Cour des Comptes se gargarise de la "cure". Fitch ! Heu pardon, fichtre!

Pour commencer, évitons les digressions… non, vous aurez beau me supplier, je ne glisserai pas dans cet article – de façon subtile et complètement fortuite – que le groupe de rock The Cure sera au programme des Vieilles Charrues. Non, n’insistez pas. Je ne céderai pas. Je n’ai cure de vos supplications.

En revanche, je peux aisément vous certifier que le mot "cure", qui provient du latin "cura", signifie "soin, surveillance". Utilisé de façon abusive dans les médias, il fait référence au besoin soudain et impérieux – sinon impératif – d’entamer une cure. Souvent d’austérité. Oui, car la cure est salvatrice, elle soigne. Thermale, elle est revivifiante. Elle fait zizir quoi.

La "cure" donc est nécessaire en cas de grave infection, de maladie rampante, de cancer qui gangrène le corps et l’esprit. La cure, c’est le vaccin contre la maladie. Le traitement de cheval. Quitte à nous prendre pour des ânes. La cure, c’est quand on s’est trop goinfré, pendant des années. Désormais, finie la Grèce, heu, la graisse, c’est le retour au régime sec. Adios la vache à lait, welcome les vaches maigres

En même temps, comme c’est étrange : faire une cure de carottes pour se rendre aimable, c’est abuser à loisir d’une seule et même denrée. Faire une cure, c’est manger à l’envi.

Bref, cure d’austérité = vous allez en bouffer, de l’austérité. Léchez-vous les babines, nous allons vous manger tout cru.

Encore plus étrange, quasi mystique, les voies du mot "cure" restent impénétrables, mais pas pour Abominabilis : la cure, oui, vous avez raison, c’est aussi le nom donné à la demeure du curé. Coïncidence? Je ne crois pas. Vous non plus.

Car il arrive un moment où, à force de cure – d’austérité, de haricots verts ou d’huile de foie de morue – tout le monde perd la foi. On est bien loin de la sinécure. Amen.


Mot fléché (14) : dégradation

Il est de bon ton, quand l’apocalypse vient à poindre, de tirer sur les ambulances. C’est facile, me direz-vous, oui mais tellement jouissif. Tenez, essayons ensemble.

La dégradation, le mot est sur toutes les lèvres, pincées par l’horrible nouvelle qui s’est abattue sur la France : nous avons perdu notre triple A. Les médias se pourfendent de jeux de mots déplacés, Scrabble géant qui s’étale en une des journaux… "Dégradation", ils ont raison : le mot compte triple et les ventes aussi.

La note de la France a été dégradée. La dégradation s’abat sur la France, comme une grande déflagration. Un séisme politique, un tsunami économique, une vague angoisse qui déferle. Tous aux abris, même ceux qui n’en ont plus.

Le mot "dégradation" tire ses origines du latin "degradare" : priver de son rang. Comme à l’école, la France affiche ses mauvaises notes, allez zou, au piquet avec son bonnet d’âne. Plus précisément, la définition du mot "dégradation" fait frissonner : "dépouiller, destituer quelqu’un de manière infamante de son grade, de sa dignité et de son emploi". On a perdu le grade – le A – on a donc perdu la face devant le monde, très bien, il ne reste plus que nos emplois. Chouette, comme diraient nos amis les hiboux.

La dégradation, c’est aussi celle du matériel. C’est ce qui se liquéfie, se décompose, part en sucette comme diraient les djeuns. Le temps, le moral, les corps enterrés, que des trucs très joyeux. La dégradation, c’est aussi écorner l’image de quelqu’un. De la France par exemple. En perdant son triple A, la France n’a pas seulement perdu trois voyelles. Elle a fait un triple saut dans le vide.

Petite minute "le saviez-vous?" : dans la marine, un navire est dégradé quand le vent, les courants ou une mauvaise manoeuvre l’ont entraîné sur une route inconnue et dangereuse, en l’éloignant du but où il tendait. D’ailleurs, je crois qu’aujourd’hui, le temps se dégrade, comme un avis de dépression sur la France… Bon vent!


Mot fléché (13) : vulgaire

Si le jeune de banlieue (oui, parce qu’il n’existe qu’un jeune et il vit forcément en banlieue) devait prononcer ce mot, il dirait "vulgos" (prononcer "vulgosse"). Comme nous sommes des gens civilisés et lettrés, nous emploierons donc le terme de "vulgaire". Laisser les sauvages aux portes de la démocratie et de Paris, c’est toujours plus commode.

"Vulgaire", plutôt que populaire, c’est ainsi que l’humoriste Sophia Aram a qualifié la ministre Nadine Morano. Partie à la pêche aux voix pour son candidat fétiche, Nicolas Sarkozy, l’édile n’a pas trouvé idoine cette formulation, encore moins sa caricature des Guignols qui la dépeint en poissonnière. Vendre de la poiscaille à des gastronomes ou un candidat à des électeurs, rien à voir, nous sommes prévenus. Arrêtons donc de tourner autour du poisson.

Voici donc la phrase qui a mis le feu au poudre, levant une armée de boucliers (si je pouvais rajouter des bruitages, je glisserai un cri de guerre ici) :

"En lisant le livre de Carlier [nldr: consacré à Morano], ce qui m’a le plus inquiétée, ce n’est pas tant qu’il déplace une telle boîte de cirage pour astiquer les escarpins d’un ministre en exercice, mais le fait que Carlier se laisse distraire par ses troubles émotionnels au point de confondre populaire et vulgaire".

Arrêtons-nous un moment pour une petite leçon lexicale : "vulgaire" vient du latin "vulgus", qui signifie "foule, commun des hommes". Penchons-nous encore un peu plus sur ce thème, tendez l’oreille. L’usage est désuet mais dans sa première acception "vulgaire" désigne tout ce qui "concerne le peuple, le quidam". On l’utilise encore parfois, péjorativement certes, pour désigner un "simple" mot. Par exemple : "regardez-moi ce sale mec, ce n’est qu’un vulgaire avocat" (NDLR : Toute ressemblance avec des personnes réelles serait fortuite, merci). Certes, l’acception "vulgaire" a évolué : de populaire, elle désigne aujourd’hui un personnage grossier, sans délicatesse, impoli. Et comme dirait cette grande philosophe qu’est ma mère (non, pas Noël, mais ma mère) : "Si t’es pas jolie, au moins, sois polie". C’est dit.

En clair et en bref (comme sur Canal plus), à l’origine, le mot "vulgaire" désigne donc tout ce qui concerne le commun des mortels. Oui, nous, les braves gens, le peuple, le quidam, le mec du micro-trottoir d’en face, le simple badaud, l’électeur de bas étage, le grand inconnu, le soldat du quotidien. Car à trop viser les sommets et se prendre pour un dieu, on n’en perd parfois son latin. La morale Anne Roumanoff du jour : les mots, c’est comme les politiques, ils finissent souvent par être corrompus.


Mot fléché (12) : la cabale

On la connaissait farouche, rebelle mais on ne la savait pas parano. Rama Yade, dans un élan communicationnel, se dit victime d’une "cabale inouïe". Si nous avions le temps et l’espace, nous pourrions revenir sur ce terme "inouï", du verbe "ouïr" et qui désigne "ce dont on n’a pas entendu parler". De là à dire que Rama Yade affabule sa cabale, ne nous emballons pas.

Mais, Père castor, quelle est donc cette histoire et de quoi s’agit-il exactement? Pour ceux qui ont raté son coup d’éclat cabalistique dans le JDD, le site de l’hebdomadaire ressort l’affaire. La personnalité politique préférée des Français ne serait pas blanche comme neige (pardon). Pêle-mêle, elle est accusée de ne pas payer d’impôts dans sa commune de Colombes (dans les Très-Hauts de Seine), d’avoir été radiée des listes électorales de ladite bourgade, certains ont même appelé à sa démission. Diantre, les lions sont lâchés.

Rappelons que la cabale est un terme très ancien, du temps où Jésus vivait encore (puisqu’il a vécu bien sûr, pour ceux qui en doutent encore, nous allons bientôt fêter sa naissance dans la joie et la bonne humeur). La cabale est donc "la somme de spéculations ésotériques qui donnent à certains passages de la Bible un sens allégorique et mystique". Mystères et boules puantes donc. Apparu dans l’Angleterre du sombre Jacques Ier, le terme s’est vite répandu à l’Europe, comme à peu près tout : les Lumières, le chocolat, les révolutions et la peste (en gros).

Nous n’en saurons pas plus, sinon que la cabale, de l’hébreu "Kabbale" donc, est souvent employé dans le monde du théâtre. Passons sous silence que la Kabbale est aussi une secte scientologique, sorte de camps de vacances pour anciennes stars déchues en quête de bonheur éternel. Mais au théâtre, la cabale désigne un complot ourdi pour faire tomber un acteur ou un metteur en scène. Le théâtre, comme la politique, est un monde où les apparences sont trompeuses. Car non, détrompez-vous, il n’y a pas que les éléphants qui se trompent énormément.


Mot fléché (11) : le sommet

Son nom, il le signe à la pointe de son épée de Damoclès : "Sommet", avec un "s" comme sinistre ou saccage, au choix. Séparation aussi. Ce sommet européen (le seizième du non, heu, du nom pardon), c’est un peu la dernière danse pour conjurer le sort réservé à l’Europe, un énième cercle circassien pour tenter de sauver la zone euro.

Malgré les banques qui volent à son secours, l’Europe continue de couler à pic. Bec dans l’eau. Y’a de l’eau dans le gaz. Le schisme menace. Le Royaume-Uni boude dans son coin, se retire, fait un pas de côté. Au plus haut sommet de chaque pays, c’est l’angoisse, le couillomètre à zéro. La boule au ventre. Les euros nous font faux bond. La machinerie financière fait défaut. Bientôt la fin?

Le sommet, du latin summum, c’est pourtant "la partie la plus élevée d’un point". Car en termes de crise, ça y est, nous avons atteint des sommets. Après la bringue des années de faste, c’est la dégringolade. Comme on le soupire à l’envi à l’Élysée : "On danse au bord du gouffre et à force d’y danser on va finir par tomber dedans". Obélix nous avait pourtant prévenus.

Le sommet, d’un triangle par exemple, désigne aussi le degré le plus haut. Bref, comme quand ça chauffe trop. Il n’y a pas que le climat qui s’emballe, la machine européenne et financière déraille et a chaud – très chaud – et assure ses arrières. De quoi déclencher des sueurs froides.

Du mot "sommet" découle également le mot "sommité". Celui qui est un cador dans son milieu, un as dans son rayon. Incontournable. De celui qui assiste au sommet, on espère donc qu’il nous sortira de l’ornière. Du gouffre financier.

Mais n’oubliez pas, le sommet, c’est comme le trône : même sur le plus haut sommet du monde, on n’est assis que sur son cul. Watch your back!


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