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Mot fléché (14) : dégradation

Il est de bon ton, quand l’apocalypse vient à poindre, de tirer sur les ambulances. C’est facile, me direz-vous, oui mais tellement jouissif. Tenez, essayons ensemble.

La dégradation, le mot est sur toutes les lèvres, pincées par l’horrible nouvelle qui s’est abattue sur la France : nous avons perdu notre triple A. Les médias se pourfendent de jeux de mots déplacés, Scrabble géant qui s’étale en une des journaux… "Dégradation", ils ont raison : le mot compte triple et les ventes aussi.

La note de la France a été dégradée. La dégradation s’abat sur la France, comme une grande déflagration. Un séisme politique, un tsunami économique, une vague angoisse qui déferle. Tous aux abris, même ceux qui n’en ont plus.

Le mot "dégradation" tire ses origines du latin "degradare" : priver de son rang. Comme à l’école, la France affiche ses mauvaises notes, allez zou, au piquet avec son bonnet d’âne. Plus précisément, la définition du mot "dégradation" fait frissonner : "dépouiller, destituer quelqu’un de manière infamante de son grade, de sa dignité et de son emploi". On a perdu le grade – le A – on a donc perdu la face devant le monde, très bien, il ne reste plus que nos emplois. Chouette, comme diraient nos amis les hiboux.

La dégradation, c’est aussi celle du matériel. C’est ce qui se liquéfie, se décompose, part en sucette comme diraient les djeuns. Le temps, le moral, les corps enterrés, que des trucs très joyeux. La dégradation, c’est aussi écorner l’image de quelqu’un. De la France par exemple. En perdant son triple A, la France n’a pas seulement perdu trois voyelles. Elle a fait un triple saut dans le vide.

Petite minute "le saviez-vous?" : dans la marine, un navire est dégradé quand le vent, les courants ou une mauvaise manoeuvre l’ont entraîné sur une route inconnue et dangereuse, en l’éloignant du but où il tendait. D’ailleurs, je crois qu’aujourd’hui, le temps se dégrade, comme un avis de dépression sur la France… Bon vent!


Le mot fléché (10) : au secours

La presse nous en apprend une bonne : les banques centrales savent voler. Oui, elles volent, ça, on le sait qu’elles volent, les banques. Les emprunts toxiques et les crédits subprimes ont spolié la vie de milliers de gens. Sans vergogne. Allez, sans rancune. Vous l’apprendrez : les banques centrales, elles, savent aussi voler au secours de la zone euro.

Non seulement les banques volent, mais en plus, elles ont donné de "l’oxygène" aux pays européens dans la panade. Du bouche-à-bouche pour un joli tête à queue. Les banques s’imposent comme des supers héros, alors que les Etats ne tiennent plus le cap et perdent le nord. Merci à vous, pour les gestes de premiers secours, notre dernier et ultime recours.

Japon, Etats-Unis, Europe, Suisse, Canada et Angleterre vont donc main dans la main, après avoir tant tapé du pied. Applaudissons. Aux grands maux, les grands remèdes : aux petites secousses, les grands secours. Pompiers pyromanes, les banques raniment les Etats, moribonds. Non, ne tirons pas sur l’ambulance, pimpom, c’est le pompom sur le gateau, dont les parts ne sont plus égales. Au feu les pompiers, la maison brûle, le bateau coule, au secours, attention les secousses. Retenons que contrairement à celle de ses citoyens, la santé de la zone euro, elle, n’a décidément pas de prix.


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