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La conquête


Le mot fléché (17) : compatible

Je vous vois venir. Avec vos gros sabots et votre petit jeu de mots facile. Je ne céderai pas aux sirènes de l’humour crasse. Non, je ne dirai pas que le mot compatible pourrait s’écrire avec un "n" plutôt qu’un "m". Non, jamais. Je ne change pas de bord orthographique comme ça, moi.

En revanche, je peux vous apprendre aisément que le mot "compatible" vient du latin "compatibilis". Il est la contraction douloureuse entre l’expression "compati" ("souffrir de") et le préfixe "con", qui signifie "avec" (pour les incultes, il y en a toujours qui traînent sur cette page). Les hispanophones auront déjà compris, les autres riront bêtement.

Compatible donc, c’est ce dont on souffre, ce qu’on doit endurer, supporter. Un poids sur la conscience, un mot qui pèse dans les urnes, parfois l’équivalent d’un âne mort. Marine Le Pen est-elle donc compatible avec la République? Libération renchérit : et Sarkozy, est-il compatible avec la République, lui? Puisqu’après tout, c’est toujours celui qui dit, qui est. Descartes aurait certainement approuvé cette maxime.

"Compatible : qui peut exister, s’accorder". Soit, pour être compatible, il faut donc co-exister, mêler deux entités sans que l’une n’absorbe totalement l’autre. Il faut s’entendre donc, oui mais pour s’entendre, il faut s’écouter, pour s’écouter, il faut se parler, pour se parler… il faut pouvoir se voir. Se supporter, s’encourager, se soutenir, se rallier. CQFD. Être compatible, c’est un peu comme se demander si l’on peut se fondre dans la masse. Autant un Flanby fond facilement, pour le reste, Saint Thomas dirait qu’il faut voir. Être compatible, c’est finalement sympathiser. Comme avec l’ennemi ou le Diable, au choix. Un certain Godwin me tape sur l’épaule, cette phrase s’arrête donc à ce point, juste ici, hop. Comme on dirait dans cette émission télé d’intellectuels : next.

On en oublierait presque, qu’être compatible signifie aussi, littéralement : "être facilement modulable, voire connectable avec une interface". La définition de notre cher Larousse en ligne rajoute, un tantinet taquin : "modulable sans interface ni manipulation". Une définition, comme les résultats de cette élection, qui nous laisse… sans voix.


Mot fléché (16) : la course

A vos marques, prêt, feu, votez! Voilà en résumé, ce qui nous attend d’ici mai 2012. La politique est un sport, une course. Certes. Sans cesse, la comparaison nous est servie sur un plateau d’argent. Les politiques, ces fameux sportifs en lice pour la course à la présidentielle. Comme dirait Renaud, 500 connards sur la ligne de départ, enfin, à peu près quoi.

Car oui, ça y est, Nicolas Sarkozy est entré dans la course : petit tee-shirt NYPD qui colle au torse, le vent dans ses cheveux grisonnants, les Ray-Ban astiquées, le Président est prêt à partir. Allez zou. Dehors, comme l’écrirait si bien Télé 2 semaines (dommage qu’il ne paraisse qu’une fois sur deux, mais bon).
Suivons l’analogie point par point. Oui, la présidentielle, pour certains, c’est une course de fond, d’endurance oserions-nous écrire : puisqu’il faut tenir la distance, sans cesse rester sur le front, international et national bien sûr, essuyer les affronts et les coups, éviter les embuches et les peaux de banane, s’essuyer le front et retrousser ses manches. Bref, mouiller la chemise mais en rythme de croisière. Il paraît que c’est bon pour le régime et le moral, le marathon des signatures, des poignées de main, des saucisses de Morteau à 8 heures du matin. Pour d’autres, la course à la présidentielle, c’est un peu Speedy Gonzales au pays de la baguette et du camembert : une ligne droite, un sprint final, une échappée belle à 5 minutes de l’arrivée, bref, l’effort du désespoir. Une sorte de gesticulateur précoce. Et des fois, c’est tellement dur que certains jettent l’éponge.

La présidentielle, c’est aussi une courseà l’échalote. La recherche à tout prix du gros lot. Chacun fait ses emplettes, c’est la meilleur recette pour gagner : hum, j’aurais bien besoin d’un petit électorat catho par-ci, et hop, un petit bout d’électeurs bobo par-là. Un vrai deal de came : donne-moi tes Verts, je te filerais une circonscription. Rends-moi tes centristes, je te laisserai Matignon. La présidentielle, c’est la politique qui fait ses courses avec le porte-monnaie du citoyen. Qu’on se le dise.

Quoi? Que me dites-vous? Une fable? Vous voyez là une parabole? Mais laquelle? Ah, oui, effectivement. Cette histoire d’une tortue, partie à bonne allure mais sans presser le pas, face à un lièvre, confiant et rapide comme l’éclair qui va le foudroyer. De là à dire que, rira bien le dernier/tout vient à point pour qui sait attendre/rien ne sert de courir, etc. En fait, comme dirait l’autre, parfois, "on hasarde de perdre en voulant trop gagner".  Of course!


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