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Quand les piafs piaillent…

Merkel et Bartolone

 

 


Vus, La Revue (27)

Guten Tag, ach ja, danke schön et bitte sehr.

Il faut vous habituer, amis abominables, il faut vous habituer, car lundi, Angela vous parle.
Oui, Madame, oui, Monsieur, Angela elle-même, qui prend le risque inouï de voyager en France, d’entrer dans Paris, de côtoyer la vermine au chômage, les vilains eurosceptiques, les gauchistes sanguinaires, les infâmes loqueteux français. Branchez France 2, branchez bien votre cerveau, Dieu vous parle en prime time, Dieu revient, Dieu est allemand, ALLELUJAH !

-Avec un peu de chance, elle va nous annoncer une mise sous tutelle de la France. C’est leur grand truc, aux Allemands en ce moment, la mise sous tutelle. Notez bien que j’ai dit « en ce moment », et que j’ai parlé de « tutelle ». Pas d’ « annexion ». Non parce que je déteste les amalgames. La France n’est pas la Ruhr, la France n’est pas les Sudètes, la France n’est pas l’Autriche. La mise sous tutelle n’est pas l’Anschluss. Non. L’Anschluss, c’est le « rattachement ». Que l’on soit bien clairs, on n’a jamais été attachés.

-L’Allemagne, ils ont pas de chômage, pas de gens tristes, pas de problèmes économiques, pas de problèmes identitaires, pas de problèmes d’immigration, pas de François Hollande, pas de farine, pas de pain non plus, non, mais des bretzel. L’Allemagne, ils sont tellement heureux, que le Figaro a titré aujourd’hui : « Pourquoi les SDF allemands ne meurent pas de froid ». Ca vous en bouche un coin, hein ? Il y a des SDF en Allemagne !

-Pas d’inquiétude, Sarkozy a annoncé un grand plan qui va tous nous sauver. La preuve que ça va marcher, c’est que tout le monde dit que ça ne marchera pas : la droite, la gauche, l’Outremer (où la TVA sociale a été appliquée il y a 18 ans), et l’Allemagne. Oui, l’Allemagne, je sais. Mais Sarko sait ce qu’il fait, Sarko est président. Merkel, elle, elle est pas présidente, elle sait pas. Et puis il vous l’a promis : il n’y aura pas de hausse des prix. Par compte, il ne veut appliquer la TVA sociale qu’en octobre, pour « bénéficier des anticipations d’achat » d’ici là. Mais ça, c’est juste parce que les Français sont cons.

-M’est avis quand même qu’on se foutrait un peu de notre gueule. M’est avis quand même que les ministres de Fillon ont une sale gueule en ce moment, qu’ils répètent en boucle « on fait ça pour le chômage », un rictus de haine, les yeux rivés sur la gauche de l’hémicycle, la bave mousseuse à la commissure des lèvres. Mais monsieur le ministre, vous avez dit à François qu’il n’y avait pas de problème de chômage en France… M’est avis quand même qu’ils ont besoin de vacances. Amis votants, si vous m’entendez…

-Il y a quand même de bonnes nouvelles en France. D’abord, l’horrible Fillon descend enfin dans les sondages. Je n’ai jamais compris comment avec de tels cernes on pouvait si bien s’en sortir. Ensuite, l’Hexagone comme on dit, a vendu des rafales en rafale à l’Inde. Pour l’aider dans la guerre. C’est bien, ça aussi. Une bonne guerre a toujours relancé l’économie.

-Et puis Nicolas a sauvé son fils Pierre d’une mort certaine en Ukraine. Le petit a fait un malaise dans la nuit. Une intoxication alimentaire à la sortie d’une boite (ach ja). Papa l’a rapatrié en Falcon dans la nuit. Et là, le Canard se met à pousser des cris d’orfraie : « Ouiiii 34000 euros, un scandaaaaaale ! ». Moi je suis d’accord, il aurait très bien pu être soigné à Odessa ce gosse. Mais là n’est pas le problème. Pierre a essayé de prendre Easy Jet pour rentrer. Mais leur politique est stricte. Ils n’acceptent pas les handicapés à bord.

-Relativisons quand même. 34 000 euros, ce n’est rien comparé aux 17 millions annuels que nous coûte chaque ministre. Je vous dis, moi, une bonne mise sous tutelle…

On a beau cracher dans le Rhin, l’Allemagne reste notre Reis à nous.

Auf Wiedersehen


Mot fléché (14) : dégradation

Il est de bon ton, quand l’apocalypse vient à poindre, de tirer sur les ambulances. C’est facile, me direz-vous, oui mais tellement jouissif. Tenez, essayons ensemble.

La dégradation, le mot est sur toutes les lèvres, pincées par l’horrible nouvelle qui s’est abattue sur la France : nous avons perdu notre triple A. Les médias se pourfendent de jeux de mots déplacés, Scrabble géant qui s’étale en une des journaux… "Dégradation", ils ont raison : le mot compte triple et les ventes aussi.

La note de la France a été dégradée. La dégradation s’abat sur la France, comme une grande déflagration. Un séisme politique, un tsunami économique, une vague angoisse qui déferle. Tous aux abris, même ceux qui n’en ont plus.

Le mot "dégradation" tire ses origines du latin "degradare" : priver de son rang. Comme à l’école, la France affiche ses mauvaises notes, allez zou, au piquet avec son bonnet d’âne. Plus précisément, la définition du mot "dégradation" fait frissonner : "dépouiller, destituer quelqu’un de manière infamante de son grade, de sa dignité et de son emploi". On a perdu le grade – le A – on a donc perdu la face devant le monde, très bien, il ne reste plus que nos emplois. Chouette, comme diraient nos amis les hiboux.

La dégradation, c’est aussi celle du matériel. C’est ce qui se liquéfie, se décompose, part en sucette comme diraient les djeuns. Le temps, le moral, les corps enterrés, que des trucs très joyeux. La dégradation, c’est aussi écorner l’image de quelqu’un. De la France par exemple. En perdant son triple A, la France n’a pas seulement perdu trois voyelles. Elle a fait un triple saut dans le vide.

Petite minute "le saviez-vous?" : dans la marine, un navire est dégradé quand le vent, les courants ou une mauvaise manoeuvre l’ont entraîné sur une route inconnue et dangereuse, en l’éloignant du but où il tendait. D’ailleurs, je crois qu’aujourd’hui, le temps se dégrade, comme un avis de dépression sur la France… Bon vent!


Mot fléché (11) : le sommet

Son nom, il le signe à la pointe de son épée de Damoclès : "Sommet", avec un "s" comme sinistre ou saccage, au choix. Séparation aussi. Ce sommet européen (le seizième du non, heu, du nom pardon), c’est un peu la dernière danse pour conjurer le sort réservé à l’Europe, un énième cercle circassien pour tenter de sauver la zone euro.

Malgré les banques qui volent à son secours, l’Europe continue de couler à pic. Bec dans l’eau. Y’a de l’eau dans le gaz. Le schisme menace. Le Royaume-Uni boude dans son coin, se retire, fait un pas de côté. Au plus haut sommet de chaque pays, c’est l’angoisse, le couillomètre à zéro. La boule au ventre. Les euros nous font faux bond. La machinerie financière fait défaut. Bientôt la fin?

Le sommet, du latin summum, c’est pourtant "la partie la plus élevée d’un point". Car en termes de crise, ça y est, nous avons atteint des sommets. Après la bringue des années de faste, c’est la dégringolade. Comme on le soupire à l’envi à l’Élysée : "On danse au bord du gouffre et à force d’y danser on va finir par tomber dedans". Obélix nous avait pourtant prévenus.

Le sommet, d’un triangle par exemple, désigne aussi le degré le plus haut. Bref, comme quand ça chauffe trop. Il n’y a pas que le climat qui s’emballe, la machine européenne et financière déraille et a chaud – très chaud – et assure ses arrières. De quoi déclencher des sueurs froides.

Du mot "sommet" découle également le mot "sommité". Celui qui est un cador dans son milieu, un as dans son rayon. Incontournable. De celui qui assiste au sommet, on espère donc qu’il nous sortira de l’ornière. Du gouffre financier.

Mais n’oubliez pas, le sommet, c’est comme le trône : même sur le plus haut sommet du monde, on n’est assis que sur son cul. Watch your back!


Le mot fléché (10) : au secours

La presse nous en apprend une bonne : les banques centrales savent voler. Oui, elles volent, ça, on le sait qu’elles volent, les banques. Les emprunts toxiques et les crédits subprimes ont spolié la vie de milliers de gens. Sans vergogne. Allez, sans rancune. Vous l’apprendrez : les banques centrales, elles, savent aussi voler au secours de la zone euro.

Non seulement les banques volent, mais en plus, elles ont donné de "l’oxygène" aux pays européens dans la panade. Du bouche-à-bouche pour un joli tête à queue. Les banques s’imposent comme des supers héros, alors que les Etats ne tiennent plus le cap et perdent le nord. Merci à vous, pour les gestes de premiers secours, notre dernier et ultime recours.

Japon, Etats-Unis, Europe, Suisse, Canada et Angleterre vont donc main dans la main, après avoir tant tapé du pied. Applaudissons. Aux grands maux, les grands remèdes : aux petites secousses, les grands secours. Pompiers pyromanes, les banques raniment les Etats, moribonds. Non, ne tirons pas sur l’ambulance, pimpom, c’est le pompom sur le gateau, dont les parts ne sont plus égales. Au feu les pompiers, la maison brûle, le bateau coule, au secours, attention les secousses. Retenons que contrairement à celle de ses citoyens, la santé de la zone euro, elle, n’a décidément pas de prix.


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