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When you shoot, shoot. Don’t talk

 

 


Vus, La Revue (31)

Nous sommes le 6 mai 2012, les néonazis entrent au Parlement grec et vous n’en avez rien à foutre. Nous sommes le 6 mai 2012, et la caméra de France 2 filme depuis 10 minutes le pneu d’une moto. Nous sommes le 6 mai 2012, Yannick Noah prend la Bastille après avoir placé son argent en Suisse, Josiane Balasko et Clémentine Célarié font la fête au pied de la statue, Nadine Morano s’énerve et France 2 filme désormais le pneu de la moto de devant. Nous sommes le 6 mai 2012, et tout va bien.

- Il est 20h, et deux gamines aux joues barrées de lettres obscures (NS ?) hurlent : « enculééééés, enculééééés », les larmes aux yeux. Tout va bien.

- 20h15, un bandeau en bas de l’écran nous informe que sur 50% des dépouillements, Hollande est à 50,3, Sarkozy à 49,7. 20h16 : Ségolène Royal dit que c’est une victoire claire et nette. Tout va bien.

-20h30, Morano est fatiguée d’être aimable. La bave lui monte aux lèvres, le rictus de haine apparaît, elle disjoncte et se met à proférer des propos incohérents. 20h31, on la sort du plateau. Tout va bien.

-Nicolas Sarkozy dit qu’il nous aime. Je ne retrouve pas ma bassine. Tout va bien.

-« Priorité aux coulisses ! » hurle Pujadas. France 2 filme dans un silence pesant Thomas Hollande qui dit « ouais » au téléphone. « Priorité au direct ! » hurle Elise Lucet. France 2 filme une déclaration de Valérie Trierweiler. Sans le son. Les journalistes ne sont pas nuls, non, ils sont fatigués.

-21h. Les drapeaux libanais, algériens et communistes flottent sur la place de la Bastille. Non mais les mecs, soyez raisonnables. Oncle Phil’ et Tante Béa sont déjà entrain de quitter le pays. N’en rajoutez pas.

-21h30. Chirac court de joie tout nu sous la pluie. Bernie court après Chirac. Tout va bien.

-22h15. Jospin a les dents jaunes.

-22h24. Hortefeux est sur France 2. On entend les bottes qui claquent sous la table. Tout va bien.

-22h29. Jérôme Cahuzac trouve Pujadas « coquin ». « Coquin ». C’est le mot que je cherchais moi aussi depuis le début de la campagne.

-« Oui bah Bedos il va attendre, hein ! ». Ca y est, Guaino s’est énervé. « Mais si les Français disent que la terre est plate, je ne vais pas leur donner raison ! » On sort Guaino du plateau.

-Loïc de la Mornais interroge de « jeunes militants » sur la place de la Bastille. « Alors, z’êtes contents ? », qu’il demande. « Nique sa mère ! » qu’ils répondent. Tout va bien.

-23h02. France 2 prend enfin une bonne décision : couper le son quand Yannick Noah monte sur scène.

 -23h03. Laurent Delahousse a mis trop de gel.

 -André Valini dit que François Hollande ne crie jamais. André Vallini n’a donc jamais mis les pieds à un de ses meetings.

 -23h14. Priorité à l’information. La cousine de François Hollande dit qu’il était gentil et rieur quand il était petit. Tout va bien.

 -23h15. Je réalise qu’avec l’arrivée des Cocos au pouvoir, je vais devoir rationner mon poisson rouge. Rien ne va plus.

 -Serge Raffy rappelle que Hollande a été délégué de parents d’élèves, FOG a trouvé la Corrèze très belle, Moscovici slame sur scène, Marine Le Pen accuse NKM d’avoir fait gagner le PS, Guaino s’enlève de la salade entre les dents, Pujadas promet qu’on va parler politique «tout à l’heure », France 2 diffuse un sondage montrant qu’une majorité de Français pense que la situation va s’empirer.

-23h45. Je renonce. Je lance « Intouchables », parce que je suis anticonformiste. Je laisse la France fêter sa victoire, je laisse la France oublier ses scories, je laisse l’UMP se lamenter, je laisse les socialistes ouvrir le champagne. Dans un mois, Carla quittera Nico, dans deux mois Angela se fâchera avec François, dans trois mois Chichi passera l’arme à gauche, dans 6 mois Mitt Romney sera élu aux USA, dans un an les néonazis entreront au Parlement italien, dans deux ans la droite française explosera, dans trois ans la gauche française explosera, et dans quatre ans le score du Front national explosera.

 Mais aujourd’hui, Yael Naïm s’époumone à la Bastille, Pujadas cite Léon Blum et Robert Hue a retrouvé sa barbe d’antan. Aujourd’hui, tout va bien.


Le mot fléché (18) : débattre

On ne peut pas y couper. Les lendemains qui déchantent sont là pour nous le rappeler : hier, devant vos yeux ébahis et vos bouches entrebâillées, vous avez peut-être assisté au-débat-d’entre-deux-tours (tout attaché). Vous ne pouviez pas le rater, il n’y en avait qu’un. Vous étiez plus de 20 millions devant vos écrans à scruter, attentivement, entre deux verres de vin rouge et une bonne tranche de sauciflard, les moindres mimiques et dérapages verbaux de nos deux compétiteurs. Cette petite phrase mythique qui fera mouche, celle que l’on enseignera encore sur les bancs des écoles de com’ dans vingt ans. François Hollande VS Nicolas Sarkozy donc. Dans l’arène politique, c’est l’heure de débattre.

Comme son nom l’indique, débattre vient du mot "battre", doublé d’un petit préfixe "dé", qui souligne l’intensité de cette bataille sémantique. Débattre, c’est se battre sans arme ni poing mais avec ses mots à soi ("calomniateur"/"menteur"), ses petites phrases millimétrées ("Vous aviez peur!"/"Moi, président de la République…"), ses piques acérées ("Ponce pilate" (de loin, ma préférée)).

Débattre donc, c’est discuter avec une personne en exposant des arguments. Des exemples. Des idées. Des choses qui vont faire avancer… le débat. Débattre pour marquer des points, gratter des voix et l’amitié de certains électeurs récalcitrants, grappiller des points dans les sondages, caresser l’espoir d’un nouvel électorat.
En regardant le crâne reluisant de François Hollande et les épaules sautillantes de Nicolas Sarkozy, il vient à l’esprit – instantanément – une autre expression : se débattre. Expression courante qui exprime un certain malaise : "Faire beaucoup d’effort pour résister, pour se dégager". Comme quand Nicolas Sarkozy semble adopter une gestuelle de combat, allez, j’anime mes épaules et j’esquive la pique acide de mon Flamby préféré, je griffonne sur mon petit carnet à spirales pour rester cool, calme, zen ("petit con, petit con, petit con"). Reste le spectateur qui s’est aussi débattu contre le sommeil, lancinant. Cela dit, pour certains, ce débat a volé haut. Très haut. Juste assez pour décrocher la lune.


Le mot fléché (17) : compatible

Je vous vois venir. Avec vos gros sabots et votre petit jeu de mots facile. Je ne céderai pas aux sirènes de l’humour crasse. Non, je ne dirai pas que le mot compatible pourrait s’écrire avec un "n" plutôt qu’un "m". Non, jamais. Je ne change pas de bord orthographique comme ça, moi.

En revanche, je peux vous apprendre aisément que le mot "compatible" vient du latin "compatibilis". Il est la contraction douloureuse entre l’expression "compati" ("souffrir de") et le préfixe "con", qui signifie "avec" (pour les incultes, il y en a toujours qui traînent sur cette page). Les hispanophones auront déjà compris, les autres riront bêtement.

Compatible donc, c’est ce dont on souffre, ce qu’on doit endurer, supporter. Un poids sur la conscience, un mot qui pèse dans les urnes, parfois l’équivalent d’un âne mort. Marine Le Pen est-elle donc compatible avec la République? Libération renchérit : et Sarkozy, est-il compatible avec la République, lui? Puisqu’après tout, c’est toujours celui qui dit, qui est. Descartes aurait certainement approuvé cette maxime.

"Compatible : qui peut exister, s’accorder". Soit, pour être compatible, il faut donc co-exister, mêler deux entités sans que l’une n’absorbe totalement l’autre. Il faut s’entendre donc, oui mais pour s’entendre, il faut s’écouter, pour s’écouter, il faut se parler, pour se parler… il faut pouvoir se voir. Se supporter, s’encourager, se soutenir, se rallier. CQFD. Être compatible, c’est un peu comme se demander si l’on peut se fondre dans la masse. Autant un Flanby fond facilement, pour le reste, Saint Thomas dirait qu’il faut voir. Être compatible, c’est finalement sympathiser. Comme avec l’ennemi ou le Diable, au choix. Un certain Godwin me tape sur l’épaule, cette phrase s’arrête donc à ce point, juste ici, hop. Comme on dirait dans cette émission télé d’intellectuels : next.

On en oublierait presque, qu’être compatible signifie aussi, littéralement : "être facilement modulable, voire connectable avec une interface". La définition de notre cher Larousse en ligne rajoute, un tantinet taquin : "modulable sans interface ni manipulation". Une définition, comme les résultats de cette élection, qui nous laisse… sans voix.


Mot fléché (16) : la course

A vos marques, prêt, feu, votez! Voilà en résumé, ce qui nous attend d’ici mai 2012. La politique est un sport, une course. Certes. Sans cesse, la comparaison nous est servie sur un plateau d’argent. Les politiques, ces fameux sportifs en lice pour la course à la présidentielle. Comme dirait Renaud, 500 connards sur la ligne de départ, enfin, à peu près quoi.

Car oui, ça y est, Nicolas Sarkozy est entré dans la course : petit tee-shirt NYPD qui colle au torse, le vent dans ses cheveux grisonnants, les Ray-Ban astiquées, le Président est prêt à partir. Allez zou. Dehors, comme l’écrirait si bien Télé 2 semaines (dommage qu’il ne paraisse qu’une fois sur deux, mais bon).
Suivons l’analogie point par point. Oui, la présidentielle, pour certains, c’est une course de fond, d’endurance oserions-nous écrire : puisqu’il faut tenir la distance, sans cesse rester sur le front, international et national bien sûr, essuyer les affronts et les coups, éviter les embuches et les peaux de banane, s’essuyer le front et retrousser ses manches. Bref, mouiller la chemise mais en rythme de croisière. Il paraît que c’est bon pour le régime et le moral, le marathon des signatures, des poignées de main, des saucisses de Morteau à 8 heures du matin. Pour d’autres, la course à la présidentielle, c’est un peu Speedy Gonzales au pays de la baguette et du camembert : une ligne droite, un sprint final, une échappée belle à 5 minutes de l’arrivée, bref, l’effort du désespoir. Une sorte de gesticulateur précoce. Et des fois, c’est tellement dur que certains jettent l’éponge.

La présidentielle, c’est aussi une courseà l’échalote. La recherche à tout prix du gros lot. Chacun fait ses emplettes, c’est la meilleur recette pour gagner : hum, j’aurais bien besoin d’un petit électorat catho par-ci, et hop, un petit bout d’électeurs bobo par-là. Un vrai deal de came : donne-moi tes Verts, je te filerais une circonscription. Rends-moi tes centristes, je te laisserai Matignon. La présidentielle, c’est la politique qui fait ses courses avec le porte-monnaie du citoyen. Qu’on se le dise.

Quoi? Que me dites-vous? Une fable? Vous voyez là une parabole? Mais laquelle? Ah, oui, effectivement. Cette histoire d’une tortue, partie à bonne allure mais sans presser le pas, face à un lièvre, confiant et rapide comme l’éclair qui va le foudroyer. De là à dire que, rira bien le dernier/tout vient à point pour qui sait attendre/rien ne sert de courir, etc. En fait, comme dirait l’autre, parfois, "on hasarde de perdre en voulant trop gagner".  Of course!


Le mot fléché (2) : la primaire

Difficile d’y échapper cette semaine : l’échéance arrive à grands pas et bouscule le calendrier de la rentrée. Ca y est, enfin, c’est ce week-end qu’aura lieu le premier tour de la primaire. Oui, j’écris la primaire au singulier, car c’est ainsi qu’il faut la nommer. Au risque de voir Christophe Barbier devenir aussi rouge que son écharpe et fustiger les pourfendeurs d’orthographe. Car s’il y a bien deux tours (sauf majorité absolue), il n’y a finalement qu’un seul scrutin, pour une seule élection et un unique grand (ou petit) vainqueur. Soit. Encore une leçon grammaticale que les professeurs de journalisme (oui, cela existe) s’évertuent à enseigner à des étudiants, la moue boudeuse, qui continuent d’accorder la primaire et la présidentielle au pluriel. Les présidentielles et les primaires, c’est pour les idiots. Qu’on se le dise.

Il faut arriver à se le rentrer dans la tête : la gauche plurielle, ça n’existe plus. Aujourd’hui, chaque candidat, élancé dans la course à l’échalote, gesticule pour sa pomme. Se la joue perso comme diraient les djeuns. Aujourd’hui, la gauche se conjugue au singulier. Pour mieux se rassembler à la fin du scrutin, me direz-vous. Je vous réponds : « nous verrons ».

Mais quel terme étrange tout de même. Une primaire. Comme quand on va à l’école, élémentaire ou primaire aussi, en rang d’oignons. D’ailleurs, on parle bien de candidat, pour l’un comme pour l’autre : candidat au baccalauréat ou à l’élection. Et souvent, dans les deux cas, celui qui pisse le plus loin a gagné. C’est la dure loi du bac à sable, jusqu’à la boite à urnes. Pompier pyromane qui met le feu à l’électorat pour mieux le bercer : sus au capitalisme avide, à bas la Sarkozie démoniaque, ouste le nucléaire, tu pollues nos espaces verts. Oui, les candidats aiment jouer avec le feu.

Mais on oublierait presque le principal. Primaire : adjectif qui signifie « de premier degré », « élémentaire », « primitif ». De celui qui est premier, celui qui vient avant. L’élection avant l’onction. Outre que l’ère primaire se situe entre l’ère précambrienne et le mésozoïque – ce qui, je n’en doute pas, vous réjouit – cet adjectif évoque aussi celui qui est « simpliste, obtus ». L’instinct, grégaire, est aussi primaire. De la préhistoire à l’avenir, finalement, il n’y a qu’un pas que la gauche a décidé de sauter. Quelle audace. Nous verrons ce week-end si l’homme des cavernes est sorti de sa grotte pour enfin sortir la gauche de son état… second.


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