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Pupuce, je crois que j’ai merdé quelque part…

FHNS

Pupuce, je crois que j’ai merdé quelque part…

 

 

 


Vus, la Revue (36)

Honnêtement, amis abominables, honnêtement : quelle est votre passion ? Quelle est votre lubie ? Qu’est-ce qui remplit vos journées en ce morne mois de septembre ? Qu’est-ce qui peut encore vous tirer une larme des yeux, vous étirer un sourire, animer vos débats ?

 -Ne me dîtes pas que c’est la finale sanglante à venir entre Simon et Pierre à MasterChef, tout le monde sait que c’est ce connard de Ludo qui arrivera en finale. Mais il perdra, parce que c’est un connard, et qu’à TF1, on n’aime pas les connards. En tout cas devant la caméra.

-Ne me dites pas que c’est le duel Fillon-Copé, même les militants UMP s’en foutent. Même Juppé s’en fout, il l’a dit sur France 2. Tout juste aurez-vous esquissé un rictus lorsque Copé a déposé son 46 000ème parrainage sur le paillasson de Fillon. Un rictus de quoi ? Vous ne savez pas encore. Vous n’y avez pas réfléchi. Ca vous emmerde. Seule la pression sociale de vos amis faussement passionnés de politique vous y a contraint.

 -Ne me dites pas que ce sont les nouvelles photos accablantes pour Monsanto de ces pauvres souris buboniques. Franchement, faîtes-le, vous. Maïs le matin, maïs le midi, maïs le soir, maïs la nuit, maïs sous la douche, maïs dans le métro, maïs en vacances, je vous promets que vous finirez par exploser.

 -Ne me dîtes pas que c’est le Conseil Constitutionnel qui autorise la tauromachie. Ne me dîtes pas ça, je sais que vous n’en avez rien à foutre des animaux. Je vous rappelle que la seule chose que vous voyez dans les souris buboniques, c’est le bubon.

-Ne me dîtes pas que c’est l’action gouvernementale. Ce pauvre François a perdu 11 points dans les sondages, sans rien faire. Oublié, François. Oublié.

-Non, ce qui vous intéresse, vous, ce sont les barbus. Ca intéresse tout le monde, les barbus. Ils sont courageux, les barbus : ils disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas. Que Charlie Hebdo ne fait plus rire personne. Allons soyez honnêtes. Vous avez tous dit au détour d’un diner mondain : « Moi je suis pour la défense de la liberté de la presse et contre les barbus. Même si elles étaient pas très drôles, ces caricatures ». Non, la provocation n’est pas garante d’humour. Je me tue à le répéter.

-Oui, ça intéresse tout le monde, les barbus. Valls, qui développe un nouveau raptus sur les prières de rue, à la limite du Gilles de la Tourette. Le père Le Pen qui adjoint au gâtisme deux années de silence radio à rattraper. Copé qui essaie de couper l’herbe sous les pieds de ce sale laxiste de Fillon. Fillon qui essaie de couper l’herbe sous les pieds de ce sale facho de Copé. Et France 2, aaaah France 2, qui dédie toutes ses éditions spéciales du weekend à la barbuerie qui essaie d’attaquer notre beau pays. France 2 qui dilapide des envoyés spéciaux filmer des places vides aux quatre coins de Paris. « Eh Coco, vas-y ! Filme à gauche ! Filme à gauche ! Mais si là, regarde, une femme voilée ! Je suis sur qu’elle porte la barbe ! » et la même voix laconique qui commentera plus tard : « weekend sous haute tension à Paris ».

-Aaah France 2, les yeux rivés sur le Trocadéro, ne voit pas ce qui se passe dans son dos. Le retour du seul, du vrai, de l’éternel nouveau barbu et néo-barbouze, prêt à dégainer à la moindre occasion. MasterChef, Fillon-Copé, souris buboniques, taureau écorné, Hollandie malade, innocence de la barbuerie, tout est enregistré, tout est examiné, tout est étudié. Si vous tendez bien l’oreille, vous l’entendrez du fin-fond de ses oubliettes. Vous l’entendrez geindre de sa voix encore faiblarde :

« Putain… 5 ans… »

Amis abominables, profitez de ces heures de creux, profitez de ce vide abyssal, profitez du calme olympien.

2017, c’est demain. Et demain, il revient.

 


Vus, La Revue (31)

Nous sommes le 6 mai 2012, les néonazis entrent au Parlement grec et vous n’en avez rien à foutre. Nous sommes le 6 mai 2012, et la caméra de France 2 filme depuis 10 minutes le pneu d’une moto. Nous sommes le 6 mai 2012, Yannick Noah prend la Bastille après avoir placé son argent en Suisse, Josiane Balasko et Clémentine Célarié font la fête au pied de la statue, Nadine Morano s’énerve et France 2 filme désormais le pneu de la moto de devant. Nous sommes le 6 mai 2012, et tout va bien.

- Il est 20h, et deux gamines aux joues barrées de lettres obscures (NS ?) hurlent : « enculééééés, enculééééés », les larmes aux yeux. Tout va bien.

- 20h15, un bandeau en bas de l’écran nous informe que sur 50% des dépouillements, Hollande est à 50,3, Sarkozy à 49,7. 20h16 : Ségolène Royal dit que c’est une victoire claire et nette. Tout va bien.

-20h30, Morano est fatiguée d’être aimable. La bave lui monte aux lèvres, le rictus de haine apparaît, elle disjoncte et se met à proférer des propos incohérents. 20h31, on la sort du plateau. Tout va bien.

-Nicolas Sarkozy dit qu’il nous aime. Je ne retrouve pas ma bassine. Tout va bien.

-« Priorité aux coulisses ! » hurle Pujadas. France 2 filme dans un silence pesant Thomas Hollande qui dit « ouais » au téléphone. « Priorité au direct ! » hurle Elise Lucet. France 2 filme une déclaration de Valérie Trierweiler. Sans le son. Les journalistes ne sont pas nuls, non, ils sont fatigués.

-21h. Les drapeaux libanais, algériens et communistes flottent sur la place de la Bastille. Non mais les mecs, soyez raisonnables. Oncle Phil’ et Tante Béa sont déjà entrain de quitter le pays. N’en rajoutez pas.

-21h30. Chirac court de joie tout nu sous la pluie. Bernie court après Chirac. Tout va bien.

-22h15. Jospin a les dents jaunes.

-22h24. Hortefeux est sur France 2. On entend les bottes qui claquent sous la table. Tout va bien.

-22h29. Jérôme Cahuzac trouve Pujadas « coquin ». « Coquin ». C’est le mot que je cherchais moi aussi depuis le début de la campagne.

-« Oui bah Bedos il va attendre, hein ! ». Ca y est, Guaino s’est énervé. « Mais si les Français disent que la terre est plate, je ne vais pas leur donner raison ! » On sort Guaino du plateau.

-Loïc de la Mornais interroge de « jeunes militants » sur la place de la Bastille. « Alors, z’êtes contents ? », qu’il demande. « Nique sa mère ! » qu’ils répondent. Tout va bien.

-23h02. France 2 prend enfin une bonne décision : couper le son quand Yannick Noah monte sur scène.

 -23h03. Laurent Delahousse a mis trop de gel.

 -André Valini dit que François Hollande ne crie jamais. André Vallini n’a donc jamais mis les pieds à un de ses meetings.

 -23h14. Priorité à l’information. La cousine de François Hollande dit qu’il était gentil et rieur quand il était petit. Tout va bien.

 -23h15. Je réalise qu’avec l’arrivée des Cocos au pouvoir, je vais devoir rationner mon poisson rouge. Rien ne va plus.

 -Serge Raffy rappelle que Hollande a été délégué de parents d’élèves, FOG a trouvé la Corrèze très belle, Moscovici slame sur scène, Marine Le Pen accuse NKM d’avoir fait gagner le PS, Guaino s’enlève de la salade entre les dents, Pujadas promet qu’on va parler politique «tout à l’heure », France 2 diffuse un sondage montrant qu’une majorité de Français pense que la situation va s’empirer.

-23h45. Je renonce. Je lance « Intouchables », parce que je suis anticonformiste. Je laisse la France fêter sa victoire, je laisse la France oublier ses scories, je laisse l’UMP se lamenter, je laisse les socialistes ouvrir le champagne. Dans un mois, Carla quittera Nico, dans deux mois Angela se fâchera avec François, dans trois mois Chichi passera l’arme à gauche, dans 6 mois Mitt Romney sera élu aux USA, dans un an les néonazis entreront au Parlement italien, dans deux ans la droite française explosera, dans trois ans la gauche française explosera, et dans quatre ans le score du Front national explosera.

 Mais aujourd’hui, Yael Naïm s’époumone à la Bastille, Pujadas cite Léon Blum et Robert Hue a retrouvé sa barbe d’antan. Aujourd’hui, tout va bien.


La conquête


Le mot fléché (17) : compatible

Je vous vois venir. Avec vos gros sabots et votre petit jeu de mots facile. Je ne céderai pas aux sirènes de l’humour crasse. Non, je ne dirai pas que le mot compatible pourrait s’écrire avec un "n" plutôt qu’un "m". Non, jamais. Je ne change pas de bord orthographique comme ça, moi.

En revanche, je peux vous apprendre aisément que le mot "compatible" vient du latin "compatibilis". Il est la contraction douloureuse entre l’expression "compati" ("souffrir de") et le préfixe "con", qui signifie "avec" (pour les incultes, il y en a toujours qui traînent sur cette page). Les hispanophones auront déjà compris, les autres riront bêtement.

Compatible donc, c’est ce dont on souffre, ce qu’on doit endurer, supporter. Un poids sur la conscience, un mot qui pèse dans les urnes, parfois l’équivalent d’un âne mort. Marine Le Pen est-elle donc compatible avec la République? Libération renchérit : et Sarkozy, est-il compatible avec la République, lui? Puisqu’après tout, c’est toujours celui qui dit, qui est. Descartes aurait certainement approuvé cette maxime.

"Compatible : qui peut exister, s’accorder". Soit, pour être compatible, il faut donc co-exister, mêler deux entités sans que l’une n’absorbe totalement l’autre. Il faut s’entendre donc, oui mais pour s’entendre, il faut s’écouter, pour s’écouter, il faut se parler, pour se parler… il faut pouvoir se voir. Se supporter, s’encourager, se soutenir, se rallier. CQFD. Être compatible, c’est un peu comme se demander si l’on peut se fondre dans la masse. Autant un Flanby fond facilement, pour le reste, Saint Thomas dirait qu’il faut voir. Être compatible, c’est finalement sympathiser. Comme avec l’ennemi ou le Diable, au choix. Un certain Godwin me tape sur l’épaule, cette phrase s’arrête donc à ce point, juste ici, hop. Comme on dirait dans cette émission télé d’intellectuels : next.

On en oublierait presque, qu’être compatible signifie aussi, littéralement : "être facilement modulable, voire connectable avec une interface". La définition de notre cher Larousse en ligne rajoute, un tantinet taquin : "modulable sans interface ni manipulation". Une définition, comme les résultats de cette élection, qui nous laisse… sans voix.


Un éléphant, ça trompe, ça trompe…

-Tu as vu ce qu’ils ont mis à Carlito?

-Tu crois qu’on fait une connerie?


Vus, La Revue (29)

Vous connaissez ce vieil adage, le vieux style des beaux jours usé jusqu’à la moelle par notre humoriste en rouge qui eut payé mais ne paye plus : «On ne nous dit pas tout !». Non, Anne. On ne nous dit pas tout. Mais on en dit déjà trop.

On nous disait que Poutou n’aurait pas ses signatures, Poutou a ses signatures. On nous disait que Marine n’aurait pas ses signatures, Marine a ses signatures. On nous disait que Villepin se rallierait à Sarkozy, Villepin ne se rallie pas à Sarkozy. On nous disait qu’il y aurait une révolution écologiste, Eva Joly plafonne à 3%. On nous disait que Hollande gagnerait haut la main… Et vous voudriez encore y croire ?

Allons, amis abominables, la politique est quelque chose de sérieux. Et depuis hier, plus que jamais.

- C’est l’histoire d’un mec et d’une école. C’est l’histoire horrible de la campagne, que l’on peine à comparer avec Papy Voise. La loi des séries, oui, mais Murphy s’emballe. Sarko aussi, qui dans un verbe superbe, lance à des gosses tétanisés : « ç’aurait pu être vous ! C’aurait pu être votre école ! » Et on l’imagine, continuer comme il sait si bien le faire : « Mais enfin, Martin, qu’est ce que tu attends de moi ? Que je laisse un tueur fou te mettre une balle dans la tête ? ». On vous l’a dit, Nicolas Sarkozy = président protecteur.

-C’est l’histoire des candidats qui annoncent, à grands renforts de médias, qu’ils suspendent leur campagne. Marine, suspendue pour aujourd’hui. François, suspendu pour aujourd’hui. Nicolas suspendu jusqu’à mercredi ? Marine et François suspendent jusqu’à jeudi ! Enfin tranquille, pensez-vous. Pensez-vous… La campagne continue, sur le thème de l’arrêt de la campagne. La communication politique n’a peur de rien.

-David Douillet, par exemple, n’a pas peur de dire : « Nous sommes tous chiraquiens ». Ahahah. Ce tweet m’a mise de bonne humeur pour une journée entière. D’imaginer la crème de l’UMP arborer fièrement son courant chiraquiste : Christian Clavier ? Chiraquien. Mireille Matthieu ? Chiraquienne. Johnny Halliday ? Chiraquien. Les frères Bogdanov ? Chiraquiens. Gérard Depardieu ?

-Gérard Depardieu, lui, il aime Sarko. Il l’aime vachement, même. Il l’a dit à Itélé. « Tout le monde le critique alors qu’il est trop bien ». Et argumenté, avec ça. Gérard, il a été choisi comme fleuron de l’UMP. Même qu’on lui a donné un (?) siège entre Fillon et Bernie au meeting de Villepinte. Au premier rang. Parce que Gérard, c’est un vrai homme d’engagement. Un poids lourd du combat politique, l’homme qui va interpréter DSK à la télévision parce qu’il « ne l’aime pas ». Argumenté, qu’on vous dit.

-N’ayez crainte, vous n’aurez jamais Depardieu ou Clavier aux commandes : les 500 signatures et le Conseil Constitutionnel sont là pour éviter les « candidatures fantaisistes » de mecs bizarres qui se présentent à la magistrature suprême, et nomment, ensuite, des judokas comme ministres. Et ça fonctionne d’enfer. Villepin ? Naphtaliné. Lepage ? Naphtaliné. Miguet ? Naphtaliné. On n’a gardé que le meilleur. Nathalie Arthaud et Jacques Cheminade. Un simple détour par le programme de ce dernier nous montre le sérieux de l’homme et de la candidature : « Il va de l’impératif moral de coloniser la Lune et Mars et de mettre Mars à notre portée grâce à la fusion thermonucléaire ».

-Enfin un mec censé. Enfin quelqu’un qui a une idée coule. Thermomachinons Mars, faisons de la Terre notre poubelle à nucléaire et cassons-nous sur la Lune. On laissera derrière nous tous les méchants, tous les moches, et tous les inadaptés : les grecs qui refusent de dire merci à Sarko, Dupont-Aignan qui veut nommer Le Pen Premier ministre, les frères Bogdanov qui louchent sur le ministère de la Recherche. Parce que depuis que Sarko a envoyé Guéant vivre à Toulouse, on se surprend à trouver l’air respirable. Mais on oublie un peu vite qu’on le partage avec Johnny, Mireille, Christian et Gérard.


Vus, La Revue (28)

On n’a parlé que de ça. On ne parle que de ça. On ne va parler que de ça encore quelques temps, parce que c’est quand-même incroyable. IN-CRO-YA-BLE. Une manne inépuisable pour les rédactions, un puits sans fond de jeux de mots faciles qui n’ont jamais fait rire personne et surtout pas leur auteur. Ca ira bien comme ça, qu’ils se disent.

-« Chapeau, l’artiste ! »

-« C’est lui, l’artiste ! »

-« Ca nous laisse sans voix ! »

Oui, nous aussi.

On ne parle que de ça, parce que les métaphores filées avec la politique intérieure sont tentantes, récurrentes et bancales. Ca ira bien comme ça qu’ils se disent.

 Dehors l’artiste ! »

 C’est lui le comédien ! »

-« Ca nous laisse sans voix ! »

-On ne va parler que de ça parce qu’à l’heure où la France peine à trouver sa voie sur la scène internationale et reste inaudible sur les questions économiques, la victoire silencieuse de notre petit Frenchy à nous sur l’Amérique, c’est une revanche improbable, l’occasion unique de mimer au monde entier : « On n’a pas de pétrole, mais on a du talent». Et ça, ça les laisse sans voix. Vous voyez comme c’est nul ? Ca ira bien comme ça, que j’me dis.

-C’est que les journalistes sont fatigués. Fatigués du salon de l’agriculture, fatigués de la course à qui a le passé le plus bouseux, fatigués du « cul des vaches ». Epuisés des hurlements de Guaino sur les plateaux, éreintés des couacs du PS, lassés de la bêtise feinte de Carla Bruni, abattus par les sorties civilisationnelles de Guéant.

-Et dans ce climat délétère, où même les Etats-Unis ont trouvé la nuit des Oscars « soporifique » (mais chut, hein, on n’oublie pas, ça nous « laisse sans voix »…), les journalistes s’endorment. Ca ira bien comme ça, qu’ils se disent. Dati l’a compris. Une paire de bottines rouges, et boum ! Comme un seul troupeau de taureaux, les journalistes sont restés muets, les yeux exorbités sur ses pieds. Et ont oublié de regarder où elle allait. Bravo, amis journalistes. Bravo, Rachida. La personne la plus détestée de l’UMP entre en campagne pour le président sortant, et la presse hagarde ne parle que de ses Louboutin. La campagne piétine. La France va mal.

-Mais les candidats vont bien. Merci à nos amis du Figaro, qui sont allés s’enquérir de l’état de santé des aspirants présidents. Enfin de l’info, enfin du décryptage. Vous serez surpris de savoir qu’aucun ne boit d’alcool, aucun ne sort, tous se couchent tôt, boivent du thé vert et prennent des vitamines. Mention spéciale à Corinne Lepage, qui bannit « l’alcool, les féculents, le sucre et les graisses ». Corinne Lepage, vous le saurez, se nourrit donc exclusivement de haricots verts et de magnésium. Avec elle au moins, on est sûr que la France ne fera pas d’excès.

-Heureusement qu’il reste le clan Le Pen pour donner de la voix. Mélenchon a fâché la fille, le père gronde. « Je vais lui retirer son caleçon !». De la classe, de la finesse, de la pertinence toujours. Du débat de fond, de l’intellectualisme. Du respect. Les ténors extrêmes, eux aussi, manient le burlesque et le comique de situation. Mais ils ne font pas dans le muet.

-Soyons honnêtes, camarades abominables, soyons honnêtes car à la fin, il ne nous restera rien. Que Boutin soutienne Sarko, on le comprend. Que Morin soutienne Sarko, on le conçoit. Que Cameron soutienne Sarko, on sourit un peu gêné. Que Merkel soutienne Sarko, on finit par s’agacer. Qu’Obama soutienne Sarko, on hurle au complot. Et on voudrait nous faire croire que l’homme qui se dandinait en orange sur une montagne de carton-pâte obtient un Oscar pour ses deux phrases dans un film muet en noir et blanc ?

Non, vraiment, il y a de quoi rester… coi.

Ca ira bien comme ça…


Mot fléché (16) : la course

A vos marques, prêt, feu, votez! Voilà en résumé, ce qui nous attend d’ici mai 2012. La politique est un sport, une course. Certes. Sans cesse, la comparaison nous est servie sur un plateau d’argent. Les politiques, ces fameux sportifs en lice pour la course à la présidentielle. Comme dirait Renaud, 500 connards sur la ligne de départ, enfin, à peu près quoi.

Car oui, ça y est, Nicolas Sarkozy est entré dans la course : petit tee-shirt NYPD qui colle au torse, le vent dans ses cheveux grisonnants, les Ray-Ban astiquées, le Président est prêt à partir. Allez zou. Dehors, comme l’écrirait si bien Télé 2 semaines (dommage qu’il ne paraisse qu’une fois sur deux, mais bon).
Suivons l’analogie point par point. Oui, la présidentielle, pour certains, c’est une course de fond, d’endurance oserions-nous écrire : puisqu’il faut tenir la distance, sans cesse rester sur le front, international et national bien sûr, essuyer les affronts et les coups, éviter les embuches et les peaux de banane, s’essuyer le front et retrousser ses manches. Bref, mouiller la chemise mais en rythme de croisière. Il paraît que c’est bon pour le régime et le moral, le marathon des signatures, des poignées de main, des saucisses de Morteau à 8 heures du matin. Pour d’autres, la course à la présidentielle, c’est un peu Speedy Gonzales au pays de la baguette et du camembert : une ligne droite, un sprint final, une échappée belle à 5 minutes de l’arrivée, bref, l’effort du désespoir. Une sorte de gesticulateur précoce. Et des fois, c’est tellement dur que certains jettent l’éponge.

La présidentielle, c’est aussi une courseà l’échalote. La recherche à tout prix du gros lot. Chacun fait ses emplettes, c’est la meilleur recette pour gagner : hum, j’aurais bien besoin d’un petit électorat catho par-ci, et hop, un petit bout d’électeurs bobo par-là. Un vrai deal de came : donne-moi tes Verts, je te filerais une circonscription. Rends-moi tes centristes, je te laisserai Matignon. La présidentielle, c’est la politique qui fait ses courses avec le porte-monnaie du citoyen. Qu’on se le dise.

Quoi? Que me dites-vous? Une fable? Vous voyez là une parabole? Mais laquelle? Ah, oui, effectivement. Cette histoire d’une tortue, partie à bonne allure mais sans presser le pas, face à un lièvre, confiant et rapide comme l’éclair qui va le foudroyer. De là à dire que, rira bien le dernier/tout vient à point pour qui sait attendre/rien ne sert de courir, etc. En fait, comme dirait l’autre, parfois, "on hasarde de perdre en voulant trop gagner".  Of course!


Vus, La Revue (27)

Guten Tag, ach ja, danke schön et bitte sehr.

Il faut vous habituer, amis abominables, il faut vous habituer, car lundi, Angela vous parle.
Oui, Madame, oui, Monsieur, Angela elle-même, qui prend le risque inouï de voyager en France, d’entrer dans Paris, de côtoyer la vermine au chômage, les vilains eurosceptiques, les gauchistes sanguinaires, les infâmes loqueteux français. Branchez France 2, branchez bien votre cerveau, Dieu vous parle en prime time, Dieu revient, Dieu est allemand, ALLELUJAH !

-Avec un peu de chance, elle va nous annoncer une mise sous tutelle de la France. C’est leur grand truc, aux Allemands en ce moment, la mise sous tutelle. Notez bien que j’ai dit « en ce moment », et que j’ai parlé de « tutelle ». Pas d’ « annexion ». Non parce que je déteste les amalgames. La France n’est pas la Ruhr, la France n’est pas les Sudètes, la France n’est pas l’Autriche. La mise sous tutelle n’est pas l’Anschluss. Non. L’Anschluss, c’est le « rattachement ». Que l’on soit bien clairs, on n’a jamais été attachés.

-L’Allemagne, ils ont pas de chômage, pas de gens tristes, pas de problèmes économiques, pas de problèmes identitaires, pas de problèmes d’immigration, pas de François Hollande, pas de farine, pas de pain non plus, non, mais des bretzel. L’Allemagne, ils sont tellement heureux, que le Figaro a titré aujourd’hui : « Pourquoi les SDF allemands ne meurent pas de froid ». Ca vous en bouche un coin, hein ? Il y a des SDF en Allemagne !

-Pas d’inquiétude, Sarkozy a annoncé un grand plan qui va tous nous sauver. La preuve que ça va marcher, c’est que tout le monde dit que ça ne marchera pas : la droite, la gauche, l’Outremer (où la TVA sociale a été appliquée il y a 18 ans), et l’Allemagne. Oui, l’Allemagne, je sais. Mais Sarko sait ce qu’il fait, Sarko est président. Merkel, elle, elle est pas présidente, elle sait pas. Et puis il vous l’a promis : il n’y aura pas de hausse des prix. Par compte, il ne veut appliquer la TVA sociale qu’en octobre, pour « bénéficier des anticipations d’achat » d’ici là. Mais ça, c’est juste parce que les Français sont cons.

-M’est avis quand même qu’on se foutrait un peu de notre gueule. M’est avis quand même que les ministres de Fillon ont une sale gueule en ce moment, qu’ils répètent en boucle « on fait ça pour le chômage », un rictus de haine, les yeux rivés sur la gauche de l’hémicycle, la bave mousseuse à la commissure des lèvres. Mais monsieur le ministre, vous avez dit à François qu’il n’y avait pas de problème de chômage en France… M’est avis quand même qu’ils ont besoin de vacances. Amis votants, si vous m’entendez…

-Il y a quand même de bonnes nouvelles en France. D’abord, l’horrible Fillon descend enfin dans les sondages. Je n’ai jamais compris comment avec de tels cernes on pouvait si bien s’en sortir. Ensuite, l’Hexagone comme on dit, a vendu des rafales en rafale à l’Inde. Pour l’aider dans la guerre. C’est bien, ça aussi. Une bonne guerre a toujours relancé l’économie.

-Et puis Nicolas a sauvé son fils Pierre d’une mort certaine en Ukraine. Le petit a fait un malaise dans la nuit. Une intoxication alimentaire à la sortie d’une boite (ach ja). Papa l’a rapatrié en Falcon dans la nuit. Et là, le Canard se met à pousser des cris d’orfraie : « Ouiiii 34000 euros, un scandaaaaaale ! ». Moi je suis d’accord, il aurait très bien pu être soigné à Odessa ce gosse. Mais là n’est pas le problème. Pierre a essayé de prendre Easy Jet pour rentrer. Mais leur politique est stricte. Ils n’acceptent pas les handicapés à bord.

-Relativisons quand même. 34 000 euros, ce n’est rien comparé aux 17 millions annuels que nous coûte chaque ministre. Je vous dis, moi, une bonne mise sous tutelle…

On a beau cracher dans le Rhin, l’Allemagne reste notre Reis à nous.

Auf Wiedersehen


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